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Jean-Marc Clairet
“Féminité” Alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon qui a grandi à Ho Chi Minh ville, Jean-Marc Clairet était enchanté à chaque fois qu’il observait sa mère se maquiller et se coiffer avant d’aller à son travail de bijoutière. Et dès qu’elle franchissait le seuil de la porte, il commençait à jouer avec ses ombres à paupière et ses rouges à lèvres. Atteint d’un asthme sévère, il ne pouvait pas aller à l’école et il était souvent cloîtré dans son lit la plupart de la journée. Ces moments de complicité et de jeux avec sa mère ont illuminé toute son enfance et lui ont permis de développer un grand attrait pour la beauté féminine. C’est pourquoi depuis ses premières prises de vue à l’âge de 20 ans, il a toujours stylisé lui-même tous ses modèles : en les maquillant, coiffant et en choisissant leurs bijoux et vêtements. « Quand j’ai fait mes premiers pas dans la photo avec l’appareil d’un ami qu’il me préparait, je ne savais rien sur la photographie » dit-il. « A peine savais-je qu’il y avait une pellicule dans l’appareil ! Mais je savais comment maquiller et j’avais un sens instinctif pour la lumière. Je savais toujours précisément le look qu’allait avoir chaque modèle et je n’aurais pas pu les photographier si elles ne m’avaient pas laissé les maquiller ! » Né au Cambodge mais issu des parents d’origine vietnamienne, Jean-Marc Clairet est rentré au Vietnam vers l’âge de 6 ans avec toute sa famille, avant de rejoindre la France à 12 ans. Un arrière grand-père paternel d’origine française a facilité le rapatriement. Actuellement basé dans la banlieue sud-est de Paris, Clairet, 41 ans, a donc débuté en tant que portraitiste. Il a réussi à se faufiler dans les coulisses des défilés de mode, comme ceux de Chloé par Martine Sitbon, où il a pris des clichés de Kate Moss, Naomi Campbell et de Carla Bruni, tout en se perfectionnant en maquillage en observant les maquilleurs sublimer les visages. À la même époque, il cherchait déjà la meilleure façon de construire sa carrière. Pendant quelque temps, son amour de la photographie a été mis en attente quand il a fait le choix de gagner sa vie de façon de façon stable en travaillant la nuit pour Renault au centre d’appel. Mais le désir de faire de la photographie a continué de le ronger. En 2003, Clairet a obtenu un financement pour suivre, au Centre Iris à Paris, une formation complète aux différents aspects de la photographie. Une fois achevée, il ne regarde plus en arrière et décide de se lancer dans la carrière de photographe auteur dont il rêvait. Sa série sur la féminité met en scène aussi bien des amies que des clientes qui désiraient avoir de jolis clichés d’elles même. Ces photos sont réalisées chez lui, dans son cadre intime sans assistant. Ce travail constitue en partie un hommage à sa mère. Les yeux sombres noircis au khôl et les lèvres écarlates sont un clin d’œil au look glamour des années soixante-dix. Avec des titres comme Marlene Désire, Bolly Vamp, Manga Glam et Pluie fauve, ses portraits sont également inspirés par le cinéma, l’art et la mode. Clairet explique que certaines couleurs franches réfèrent au Fauvisme et à l’Expressionnisme qu’il adore. Mais ses portraits dont certains ont même été pris dans sa salle de bain, montrent une diversité de styles impressionnante, dont par exemple celui d’une très belle brune, intitulé « Sous les gouttes », parfaitement maquillée avec des gouttes d’eau qui tombe de ses longs cheveux ondulés. Pourtant, ses images les plus fortes sont sans visage : des nus flous, des corps comme écran à des projections de diapos qui habillent partiellement le corps nu. « Je n’aime pas le nu pour le nu » dit Clairet. « J’aime le nu quand il est habillé par la lumière d’une façon qui ressemble plus à la peinture. Je pense que Bonnard a une approche picturale de la femme qui est extraordinaire. J’adore aussi l’esprit de la féminité qui est présent dans les tableaux de Klimt. »
Sur l’œuvre intitulée Paris sur elle, une photo surexposée de nuit de la Tour Eiffel est projetée directement sur le dos du modèle. Elle est corsetée de lumière et les ombres, oranges et rouges scintillent comme de la broderie. D’autres images montrent des feuilles dorées, la lumière tachetée des branches qui brillent sur son dos. Comme la dentelle dans la lingerie, cette impression du quasi-nu, pique l’aspect érotique. Pour les clichés de feuilles tombantes et le lierre grimpant, Clairet s’est balladé au bord de la Marne près de chez-lui. « J’ai voulu évoquer la sensibilité de la femme à travers les saisons. J’ai voulu donner aussi une ambiance cinématographique ». La féminité et les nus ne constituent qu’une partie de son travail. Sa série, Les Pensées de Bouddha, a été composé à partir d’une photo qu’il a faite de la statue de style khmer représentante Jayavarman 7 exposée au Musée Guimet, le Musée National des Ars Asiatiques à Paris. Une fois superposée avec celles des arbres, canards, New York et d’autres scènes diverses. La dualité de « l’est rencontre l’ouest » se confronte; les images hybrides symbolisent les origines culturelles mélangées de Clairet. Cependant, son but principal a été de transmettre les philosophies et l’enseignement de Bouddha. Par exemple, sur une des photos, des taches avec des traits rouges sur le visage de Bouddha font allusion à la maladie tandis que la peinture bleue qui s’écaille d’un morceau de bois interprète l’ignorance. Après avoir été cité sur le site Internet du Musée Guimet, Les Pensées de Bouddha a été exposé dans plusieurs galeries et restaurants parisiens. Toujours désireux d’aller de l’avant, Clairet a entamé un sujet intitulé « Sexe» :« Le message de cette nouvelle série est la démystification du sexe par rapport aux attitudes moralisatrices de certaines religions et sociétés. Je travaille sur tout ce qui touche à la pratique du sexe sans montrer l’acte en soi ». Pour illustrer ses propos, Clairet me tend une diapo qui montre une substance qui a l’aspect du sperme (en réalité un blanc d’œuf mélangé avec du lait) qui coule en filet d’un objet qui ressemble à un pénis (un gode), le tout recueilli dans une flûte de champagne. Ses idées sont basées sur la représentation mentale. A l’issue de cette série, il a l’intention de photographier les paysages dans sa banlieue… Clairet tente d’être audacieux avec une vision aussi large que possible, il désire créer des esthétiques multiples au lieu de se contenter d’un style et un vocabulaire facilement identifiables. Ainsi qu’il le dit lui-même : « la photographie offre tant de possibilités artistiques ». Il a l’intention d’explorer toute l’immensité de l’univers photographique. TEXTES PAR ANNA SANSOM POUR EYEMAZING ( www.eyemazing.com) Traduit en français par Leanne Lee |